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Déficiences motrices et handicaps :

Caractéristiques générales et prise en charge

 

 

 

 

I Le concept de handicap

 

Déficience ⇒ Incapacité ⇒ Désavantage social : l’ancienne Classification Internationale des Handicaps (CIH) ignorait le rôle de l’environnement dans le processus menant au désavantage social mais avait le mérite d’être particulièrement pédagogique contrairement à la nouvelle

Classification Internationale du Fonctionnement, du handicap et de la santé (CIF).

Pourtant les définitions de nombreux auteurs tels que MINAIRE (1986) « Le handicap est l’incapacité résiduelle vécue par l’individu dans son environnement habituel. Il correspond aux conséquences de l’incapacité pour l’individu, la famille ou la Société (…) Il est lié aux diverses situations auxquelles l’individu est confronté dans son environnement actuel, dans sa vie de tous les jours. C’est donc un handicap de situation qu’il faut considérer »1

.et HESBEEN (1990) « Un handicap est la situation dommageable liée aux conséquences des obstacles que rencontrent la personne infirme et/ou invalide et ses proches dans le déroulement de la vie quotidienne »2laissait envisager une certaine clarté dans l’aboutissement de cette

révision.

Certes, la CIF tient compte des facteurs environnementaux mais dans sa volonté d’universaliser ses définitions à tout être humain et non aux personnes stigmatisées par un critère physique ou mental, elle complexifie les notions de handicap comme le démontre la définition suivante :

« Le handicap désigne les déficiences, limitations d’activités et restrictions de participation. Il désigne les aspects négatifs de l’interaction entre un individu (ayant un problème de santé) et les facteurs contextuels dans lequel il évolue (environnementaux et personnels) ».

La déficience, seul terme dont la définition n’a pas été modifiée depuis l’ancienne Classification Internationale des Handicaps, correspond à « Toute perte de substance, toute altération d’une structure psychologique, physiologique ou anatomique »3

.

L’activité est l’exécution d’une tâche par une personne. La participation est l’implication de la personne dans une situation de vie réelle. La limitation d’activités et la restriction de participation sont les corollaires négatifs cités dans la définition de l’OMS.

Le handicap désigne l’ensemble des éléments négatifs de ces dimensions.

 

L’étudiant « travailleur social » sera amené à analyser dans le détail les éléments de cette classification. Il nous semblait cependant important d’y faire référence en guise d’introduction à ce cours.

Nous retiendrons que le handicap n’est pas figé ou constant. Il n’existe pas dans l’absolu. C’est un concept dynamique décrivant une personne dans son environnement.

 

1 MINAIRE, P., « Le handicap. Définition et application en rééducation et réadaptation » in J. Réadaptation Médicale, 1986, 6, n°6, p. 202. 2 HESBEEN, W., « Spécificité des soins infirmiers de réadaptation – Conception et gestion en centre hospitalier. »,Thèse de doctorat en santé publique, Bruxelles, 1990, p. 17. 3 OMS, Comité d’experts de la prévention des incapacités des handicapés, « Prévention des incapacités et réadaptation des handicapés » : - rapport technique n°668 – Genève, 1981, p. 44.

 

II Aspect épidémiologique du handicap moteur

 

L’épidémiologie est la discipline scientifique qui étudie la fréquence, la répartition et les déterminants des états de santé des groupes de population.

Actuellement et en attendant les résultats de la première enquête exhaustive nationale sur les handicaps réalisée par l’INSEE de 1998 à 2001 (enquête H.I.D), nous ne possédons que des sources d’informations parcellaires.

Dans le cadre de travaux réalisés par l’INSERM (Rumeau-Rouquette et coll., 1994), des enquêtes ont été réalisées auprès de quatorze Commission Départementale de l’Education Spéciale (CDES). La prévalence des déficiences motrices a été estimée à 3,24/1000. Il s’agit d’enfants dont la déficience est suffisamment sévère pour justifier une intervention de la  CDES. Il n’y a malheureusement pas d’étude équivalente pour les adultes.

L’enquête exhaustive de la Saône-et-Loire conduite par le CTNERHI a démontré par extrapolation que les personnes atteintes de déficience motrice représentent environ 2300000 personnes, soit 4% de la population générale. Parmi ces personnes, deux tiers environ cumulent au moins deux déficiences. La déficience motrice isolée ne constituerait en effet que 1,5% de la population générale.

 

Au sein des SESSD et IEM de l’APF en Moselle :

 

En janvier 2003, 137 enfants étaient suivis par ces Etablissements Spécialisés. La répartition des causes de déficiences motrices était la suivante :

 

™ 98 enfants I.M.C soit 72% des enfants suivis

 

→ 4 formes frustres

→ 9 hémiplégies

→ 39 diplégies de Little

→ 36 quadriplégies

→ 3 ataxies

→ 2 dystonies

→ 5 encéphalopathies

 

™ 15 maladies neuromusculaires (Myopathies ou Amyotrophies Spinales Infantiles) soit 11% des enfants suivis.

™ 3 enfants spina bifida soit 2% des enfants suivis

™ 3 enfants traumatisés crâniens soit 2% des enfants suivis

™ 18 causes diverses

 

→ 0 poliomyélite aiguë

→ 7 diagnostics incertains (retards psychomoteur et intellectuel)

→ 1 arthrogrypose

→ 1 trisomie 13

→ 1 anoxie cérébrale par noyade

→ 1 scoliose grave

→ 1 agénésie de membre supérieur (amputation congénitale)

→ 2 tumeurs cérébrales

→ 1 syndrome de West

→ 1 syndrome d’Engelman

→ 1 maladie de Friedreich

→ 1 leucodytrophie

 

Les causes de déficience motrice évoluent de la manière suivante :

- polio diminue essentiellement en raison des campagnes de vaccination.

- spina bifida notamment grâce au dépistage systématique par échographie.

- mais les séquelles d’accidents ou de tumeurs cérébrales augmententt

Stagnation pour les maladies héréditaires

ainsi que pour les I.M.C

   - les grands prématurés augmentent en raison de l’évolution des techniques médicales permettant leur viabilité

    - les anoxies liées à l’accouchement diminuent

 

III Etiologie du handicap moteur

 

La déficience motrice comporte de nombreuses étiologies qui ne seront pas toutes décrites dans ce polycopié. Seules les plus importantes par leur fréquence et l’intérêt qu’elles pourraient avoir pour les étudiants « travailleurs sociaux » feront l’objet d’un exposé spécifique. Un tableau

(annexe I) récapitule les éléments principaux des pathologies détaillées dans ce chapitre.

En règle générale, l’étiologie des déficiences motrices est classée selon le mécanisme de survenue.

En particulier, il est nécessaire de distinguer :

 

- handicaps congénitaux ou acquis ;

- handicap par malformation, traumatisme, maladie ou vieillissement ;

- handicap évolutif ou non ;

- handicap héréditaire ou non.

 

- Le handicap est dit congénital si il est visible, dépisté ou potentiellement présent à la naissance.

Il est acquis dans les autres cas.

- La malformation est un trouble du développement de la fécondation à la maturité. Elle survient chez l’embryon ou le fœtus. Elle est toujours congénitale puisqu’elle apparaît avant la naissance.

Le traumatisme est une lésion ou un ensemble de lésions acquises intéressant les tissus et les organes, provoquées par un agent extérieur.

La maladie génère des handicaps dont la cause n’est ni une déformation ni un traumatisme. Elle peut être congénitale ou acquise, héréditaire ou non.

- L’évolutivité s’applique au processus pathologique plus qu’au handicap. Par maladie évolutive,

on désigne les affections dont l’évolution est attendue et péjorative. Le traitement de ces pathologies est pour l’instant symptomatique ou palliatif.

- Le handicap est héréditaire s’il a été transmis par au moins un parent.

 

La simplicité de ces définitions ne permet cependant pas toujours un classement aisé des pathologies.

L’étudiant trouvera en annexe un tableau reprenant les causes de déficiences motrices et leur niveau d’atteinte (annexe II).

 

Transmissions des maladies génétiques monogéniques

 

Les maladies monogéniques (altération d’un seul gène) se transmettent selon les lois de MENDEL. On distingue 3 grands types de transmissions :

1. Autosomique récessif : le gène est porté par un autosome et ne s’exprime qu’à l’état

homozygote (dont les caractéristiques du gène sont identiques). Pour qu’un enfant

soit malade, il faut qu’il soit porteur du gène malade en double exemplaire. Chaque

exemplaire provient d’un parent porteur sain ou malade.

 

2. Autosomique dominant : le gène est porté par un autosome et s’exprime à l’état hétérozygote (à fortiori homozygote). Pour qu’un enfant soit malade, il suffit qu’il soit porteur d’un seul exemplaire du gène malade, transmis par un des parents lui même  porteur et également malade.

 

3. Transmission liée au chromosome X : le gène est porté par le chromosome X. Le plus souvent, la mère est porteuse saine et le père est sain. La mère transmet soit son X normal soit son X anormal et le père transmet soit son X soit son Y. Quatre situations sont envisageables dont la probabilité est de 25% chacune :

- naissance d’une fille non porteuse saine

- naissance d’une fille porteuse saine

- naissance d’un garçon non porteur sain

- naissance d’un garçon malade (le gène s’exprime faute de second X).

 

L’INFIRMITE MOTRICE CEREBRALE

 

Définitions :

Atteinte de l’encéphale survenant en période périnatale (de la conception à 2 ans selon G.TARDIEU) générant des troubles de la posture et du mouvement. L’infirmité Motrice Cérébrale (IMC) est une lésion traumatique acquise avant la maturation du système nerveux central. Le handicap est néanmoins le plus souvent congénital. Les lésions surviennent en effet principalement avant ou pendant la naissance.

L’IMC n’est pas une pathologie évolutive, cependant, dans la plupart des cas le handicap moteur évolue de manière péjorative notamment en raison des troubles orthopédiques.

Des troubles des fonctions supérieurs peuvent être associés à l’atteinte motrice. Il s’agit en général de troubles praxiques, de l’attention ou de la mémoire.

La définition de l’IMC exclut les enfants ayant un retard mental (Quotient Intellectuel Total inférieur à 70) associé au trouble moteur d’origine cérébrale, que l’on regroupe sous les termes d’Infirmité Motrice d’Origine Cérébrale (IMOC) et enfants polyhandicapés.

L’enfant IMC, l’IMOC ou polyhandicapé est atteint de Paralysie Cérébrale (PC), terme générique regroupant ces pathologies. Il s’agit d’enfants cérébro-lésés dont les traumatisés crâniens font partie.

 

Epidémiologie :

Les enfants PC représentent 2,14/1000 nouveau-nés. Les IMC au sens strict 0,6 à 0,8/1000.

 

Physiopathologie :

L’atteinte cérébrale est consécutive à des troubles circulatoires provoquant une ischémie (diminution ou arrêt de l’apport de sang) ou une hémorragie, le plus souvent dans les zones fonctionnelles des territoires des gros vaisseaux. Chez l’enfant né prématurément, on parle de leucomalacie périventriculaire (lésions cicatricielles secondaires à des hémorragies).

 

Etiologie :

- Une prématurité : naissance avant 37 semaines d’aménorrhée (SA : après les dernières règles). Le risque de lésions cérébrales par ischémie est plus important dans le cas de prématurité à 32 SA avec un petit poids de naissance en raison d’une circulation sanguine moins efficace. Parmi les enfants nés entre 27 et 30 SA ayant un poids de naissance compris entre 500 et 1280 grammes, 13% ont un handicap sévère, 25% un handicap moyen et 70% présenteront des troubles scolaires (même si la personne n’est pas handicapée).

Depuis quelques années les médecins s’accordent à dire que la prématurité n’est pas une cause d’IMC mais une conséquence. En effet, L’enfant ne naît pas prématurément pas hasard ; Les scientifiques ont démontré que le cerveau est atteint bien avant la naissance de l’enfant. La prématurité de l’enfant est très souvent liée aux lésions identifiées.

-Un Accident Vasculaire Cérébral

-Une malformation cérébrale

-Une souffrance néonatale : l’atteinte cérébrale est dans ce cas provoquée par un traumatisme obstétrical.

-Une maladie métabolique.

-Une infection : séquelles de méningites, encéphalopathie liée au virus du SIDA…

-Blessure traumatique liée à un choc : accident domestique ou de la voie publique.

-Un ictère nucléaire : Il s’agit d’une jaunisse consécutive à une augmentation du taux de bilirubine dans le sang, substance toxique pour les noyaux gris centraux. Cet ictère s’observe en cas d’incompatibilité Rh. La mère Rh-, immunisée contre les globules Rh+ par des grossesses ou des transfusions antérieures, produit des anticorps anti-Rh qui détruisent les globules rouges de son enfant, s’il a hérité du père le groupe Rh+. La surveillance rapprochée du nouveau-né a permis de diminuer de façon significative de tels accidents qui entraînaient en particulier des tableaux

d’athétose.

Notons que l’IMC n’est pas une maladie génétique. Néanmoins, on constate des risques de récurrence lors des grossesses ultérieures si un enfant est atteint au sein de la famille notamment en raison des troubles de l’hémostase (terme désignant les moyens d’arrêter une hémorragie) de la mère.

 

Difficulté d’un diagnostic et d’un pronostic précoce :

Le pronostic précoce est difficile car il n’y a pas toujours de corrélation étroite entre les troubles néonataux, la réanimation (durée, intensité,…) et les séquelles ultérieures.

A l’exception des déficiences massives et de troubles des réflexes archaïques, les signes neuromoteurs ne sont souvent apparents qu’au delà de 2 à 3 mois pour un examinateur expérimenté.

Notons que l’IMC est toujours un diagnostic d’élimination. Toute autre pathologie doit en effet avoir été écartée (affection héréditaire, métabolique, malformative, infectieuse ou de nature évolutive) en particulier lorsque la cause n’a pas pu être identifiée.

 

Evolution :

A la naissance, l’enfant possède une motricité spontanée, alors qu’il n’a pas d’activité à but fonctionnel. En effet, on observe des mouvements individualisés des membres supérieurs (épaules, coudes, poignets, doigts) et des membres inférieurs (hanches, genoux, chevilles) qui s’amplifient, se synchronisent et se complexifient au cours des premiers mois. Le bébé possède un « outil corporel » (os, articulations, muscles,…) qui se modifie en fonction de la maturation cérébrale et des expériences sensori-motrices.

Afin de faire des acquisitions motrices, l’enfant valide confronte les informations sensitives visuelles, auditives, musculaires, articulaires et cutanées. Il y répond par une action adaptée en tenant compte des expériences antérieures. Les enchaînements moteurs dirigés vers un but vont devenir plus précis, plus rapide et moins coûteux sur le plan énergétique. Ces mouvements seront ensuite automatisés et permettront de répondre rapidement aux diverses stimulations.

Chez l’enfant IMC, ce processus d’automatisation est insuffisant voire inexistant pour certaines fonctions. Les muscles non ou mal utilisés vont se raccourcir ; les articulations et les os vont se déformer, accentuant alors les troubles initiaux de l’atteinte motrice.

 

Les formes cliniques :

Syndrome de Little : diplégie spastique (la forme la plus fréquente)

• Les membres inférieurs sont les plus touchés

• schéma de marche typique

• strabisme et troubles visuels fréquents

• niveau verbal supérieur au niveau spatial (Quotient Intellectuel)

• troubles praxiques fréquents

• croissance osseuse plus rapide que la croissance musculaire

• souvent séquelles de prématurité

 

Athétose : séquelle d’ictère nucléaire (accident d’incompatibilité rhésus

fonctionnelle)

• très souvent bon niveau intellectuel

• fréquence plus rare actuellement

 

Hémiplégie cérébrale infantile :

• atteinte d’un hémicorps principalement

• dyslexie fréquente – troubles du langage

• épilepsie fréquente

• troubles perceptifs et gnosiques

 

Tri-quadriplégie :

• atteinte de 3 ou 4 membres et du tronc

 

Les troubles neuromoteurs :

En raison d’une atteinte du système nerveux central, l’IMC contrôle mal sa motricité ce qui entraîne des difficultés à organiser la posture et à commander un mouvement (mauvaise gestion de l’intensité et de l’amplitude du mouvement). Cela peut se traduire par une tenue déficiente du tronc et de la tête (hypotonie axiale), des mouvements mal coordonnés, mal dosés, mal synchronisés, d’intensité et d’amplitude trop ou pas assez importantes, trop lents ou trop rapides.

 

 Types de trouble neuromoteurs :

 

Les troubles moteurs de l’IMC sont complexes. Ils affectent le maintien d’attitude, la posture et le mouvement. Ils peuvent prendre plusieurs formes en fonction du type de lésions :

1- spasticité : Exagération du réflexe d’étirement dont l’intensité est variable empêchant la réalisation de mouvements.

2- athétose : Mouvements involontaires, parasites lents et ondulatoires prédominant au niveau des extrémités apparaissant lors de la posture et du mouvement.

3- ataxie : Troubles de la régulation gestuelle ou posturale entraînant notamment des troubles de l’équilibre (incoordination du geste).

 4- tremblements.

 5- rigidité.

 6- faiblesse musculaire par paralysie centrale.

 7- hypertonicité musculaire.

8- dystonie : contraction tonique involontaire de certains groupes musculaires, sans systématisation fonctionnelle perturbant localement ou à distance le mouvement volontaire effectué.

Dans la pratique, il est fréquent de trouver chez le même individu une association de ces différents troubles.

Notons qu’ils peuvent affecter la motricité des membres, du tronc, de la sphère bucco-faciale (dysarthrie, troubles de la déglutition et de la mastication), des sphincters, des muscles du visage et oculomoteurs

L’examen clinique doit permettre de les identifier d’un point de vue analytique et fonctionnel. Les incapacités sont variables selon les types de troubles, leur intensité et leur localisation.

 

Certains enfants IMC ont des troubles moteurs décelables uniquement par des professionnels. D’autres au contraire n’ont aucune capacité de mobilité. Entre ces deux extrêmes, de nombreux tableaux cliniques sont possibles.

 

Les troubles orthopédiques :

 

Les troubles orthopédiques peuvent être majeurs. Ils ont toujours tendance à s’aggraver. Ils sont liés aux troubles moteurs (faiblesse, rétractions et non utilisation des groupes musculaires) et à la croissance musculotendineuse :

Au niveau des membres inférieurs ⇒ Pieds en équins (flexion plantaire par rétraction du triceps sural), varus ou valgus (en dedans ou en dehors). Flexum de genoux, rotation interne et flexum-adductum de hanches, antétorsion fémorale excessive (angle entre le col du fémur et le plan frontal), coxa valga (angle entre le col du fémur et la diaphyse fémorale trop important) ; l’atteinte essentielle est la dysplasie de hanches (malformation ou anomalie de développement des hanches) qui peut entraîner une bascule de bassin, une subluxation ou une luxation de hanche.

Au niveau du tronc ⇒ scoliose, cyphose du rachis, hyperlordose cervicale.

Au niveau des membres supérieurs ⇒ limitation de l’extension et de la supination des MS par rétraction des fléchisseurs du poignet, de l’avant bras et du bras.

Au niveau de la face ⇒ L’articulation temporo-maxilaire à tendance à se placer en rétroprognosies. On note également une béance et une occlusion labiale insuffisante.

Tête fémorale 5ième vertèbre lombaire

 

Les troubles associés:

 

1 - Sensitifs :

• Diminution de la sensibilité profonde, proprioceptive notamment en cas d’atteinte motrice importante.

 

 2 - Sensoriels :

• visuels : ce sont en réalité des troubles neurovisuels, ce qui exclut tous les troubles de réfraction. En effet, l’œil est atteint dans sa motricité. Les

muscles oculomoteurs mobilisent inefficacement l’œil. Cela génère des troubles :

- de la fixation d’une cible

- de la poursuite (fixation d’une cible mobile), particulièrement touchée chez l’enfant IMC.

- des saccades oculaires (mouvement brusque portant le regard d’un point à un autre).

 Ceci entraîne des troubles de l’exploration et de la perception visuelle

(voir ci-dessous).

 Notons que l’IMC, notamment ancien prématuré a souvent un strabisme divergent alternant entraînant une incapacité de vision de la troisième

dimension (relief).

• Auditifs : Les troubles auditifs sont fréquents mais difficilement détectables avec les techniques actuelles (audiogramme, PotentielEvoqués…).

 

3 - Troubles perceptifs :

• La perception est la représentation et la reconnaissance de sensations de même nature et de degré différent.

• Les IMC peuvent souffrir de troubles gnosiques (reconnaissance des choses à travers nos sens) telle que la stéréognosie, c’est-à-dire un

manque de représentation tactile spatiale. Cela signifie que les sensations tactiles ne leur permettent pas de reconnaître l’objet placé dans leurs

mains.

• Les troubles de l’oculo-motricité (fixation, poursuite et saccades oculaires) génèrent des troubles de la perception visuelle. Il est évident que lorsqu’on fixe mal et on poursuit mal une cible, on la perçoit difficilement. En outre, les saccades qui permettent de porter le regard d’une cible à une autre sont insuffisantes et obligent l’enfant à réajuster sa vue à de nombreuses reprises.

• Lors d’une expérience au cours de laquelle le sujet devait identifier une image connue apparaissant furtivement à l’ordinateur, il a été démontré

que 5 secondes étaient nécessaires à l’enfant IMC de 6 ans alors qu’un dixième de seconde suffisait à l’enfant valide du même âge soit 50 fois

moins de temps.

 

4 - Troubles instrumentaux

• Les troubles praxiques sont les plus importants par leur fréquence (pratiquement 100 % des IMC). La praxie est la représentation intériorisée d’une succession d’actes en vue d’un objectif. Il s’agit d’un programme qui détermine les gestes à réaliser dans diverses situations. Ecrire, s’habiller, taper dans un ballon ou simplement porter une cuillère à la bouche sont des praxies. La personne IMC est souvent dyspraxique. Cela signifie qu’elle possède des programmes moteurs inadaptés.

• Lorsqu’une personne réalise un geste inadéquat, il faut l’analyser et se demander s’il s’agit d’un trouble moteur (commande volontaire inefficace, rétractions musculaires), d’un trouble gnosique ou d’un trouble praxique.

Chez l’IMC, la dyspraxie est en général consécutive aux troubles du regard. L’enfant construit mal son espace en raison des mauvaises

informations visuelles qu’il possède. D’autre part, son déficit d’expériences sensori-motrices ne lui a pas permis une construction de l’espace par cette voie d’apprentissage.

 

 5 - Troubles du langage :

• L’atteinte motrice peut être responsable des troubles du langage. En effet, la motricité des muscles de la face et de la langue est fréquemment

inefficace. Les troubles bucco-faciaux peuvent non seulement entraîner un bavage, une mastication et une déglutition déficientes mais aussi des

difficultés articulatoires et donc de prononciation.

• Certains IMC sont dysphasique (retard important du langage). Les troubles ne sont alors pas spécifiquement liés à l’atteinte motrice. Ils ont

une origine cérébrale directe.

 

 6 - Troubles psychologiques et du comportement :

• Très souvent, les personnes IMC sont émotives, d’humeur instable.

• L’histoire médicale de l’enfant est souvent lourde. La construction de la relation mère-enfant est entravée par l’hospitalisation prolongée au début

de la vie de l’enfant. Le sentiment de culpabilité développé par les parents (enfant idéal, sentiment d’incompétence parentale vis-à-vis de

l’enfant déficient…) peut provoquer de l’hyperprotection ou du rejet par les parents. Ce mécanisme est susceptible d’entraver le développement

affectif de l’enfant.

• On note souvent une immaturité affective en raison de la discordance verbo-spatiale (différence entre les capacités verbales et les capacités

spatiales) d’une part et des mécanismes d’hyperprotection d’autre part.

• Difficulté de vivre en société sous le regard de l’autre

• Les troubles de l’attention peuvent être importants. Les causes sont  organiques par lésions des noyaux gris centraux ou réactionnelles liées à

leur situation personnelle.

• De nombreux IMC souffrent de lenteur en raison de facteurs très divers ⇒ troubles de l’attention et de la concentration, voies de suppléances plus longues, perturbations psychologiques…

 

 7 - Troubles cognitifs et intellectuels :

• Les troubles cognitifs sont des troubles de l’apprentissage. La personne IMC telle qu’elle est décrite dans la définition de G. TARDIEU n’est pas

déficiente intellectuelle mais peut être déficiente cognitive.

Le quotient intellectuel est déterminé par des tests psychométriques mesurant en général deux types d’aptitude :

- verbales ⇒ Epreuves dont les afférences sont essentiellement auditives.

- non-verbales ⇒ Epreuves dont les afférences sont essentiellement visuelles.

La personne obtient un QIV (Quotient Intellectuel Verbal) et un QIP (Quotient Intellectuel Performance). Le QIT (Quotient Intellectuel Total)

correspond à une moyenne pondérée des 2 autres QI. S’agissant d’une distribution normale, 50% des personnes obtiennent plus que 100. L’autre

moitié des personnes obtient moins que 100. Ce chiffre est donc la médiane mais aussi la moyenne. D’autre part, 66 % des personnes

obtiennent un score compris entre 85 et 115 et 95% entre 70 et 130.

Le QIT de la personne déficiente intellectuelle est inférieur à 70 et en général homogène entre les épreuves du QIV et du QIP. La personne

paralysée cérébrale dont le QIT est inférieur à 70 est décrite comme étant IMOC.

La personne IMC déficiente cognitive obtient en général un QIV supérieur au QIP. Si la différence entre ces deux chiffres est supérieure de

15 points, on parle de discordance verbo-spatiale. Souvent, ce diagnostic confirme la dyspraxie de la personne IMC.

• La déficience cognitive liée aux troubles perceptifs gêne considérablement la scolarité de l’enfant. En effet, l’enseignement s’appuie sur les compétences psychomotrices des enfants à l’école maternelle et sur les capacités visuelles et spatiales en primaire, secondaire et au niveau supérieur. La scolarité doit donc être individualisée notamment en favorisant les afférences auditivo-verbales et en évitant le canal visuo-spatial.

 

 8 - Epilepsie :

• Etat clinique caractérisé par la survenue de crises pouvant être violentes avec ou sans convulsions et pouvant s’accompagner ou non d’une perte de conscience. L’épilepsie est consécutive aux lésions cérébrales de la personne IMC. 30% des personnes IMC sont atteintes de comitialité.

Notons que la médication (utilisation des médicaments) nécessaire au traitement de l’épilepsie accentue souvent la lenteur d’idéation

(enchaînement des idées).

 

 9 - Troubles sphinctériens :

• Ils sont absents au niveau anal et inconstants au niveau urinaire. Ils se caractérisent par des mictions impérieuses (temps trop court entre le

moment où la personne sent qu’elle doit uriner et le moment où elle urine).

 

 

 

 

 

 

Services d’Education et de Soins Spécialisés à Domicile (SESSD) et Institut d’Education Motrice (IEM) de l’Association des Paralysés de France en Moselle (APF)

Intervention auprès des élèves travailleurs sociaux de l’IRTS de Metz

Année académique 2002/2003

Chapitres I ⇒ IV : Alexandre JENNES

Chapitres IV ⇒V : Carole COLIN

Avec la collaboration de Guy GERMAIN

 

I- Le concept de handicap

II- Aspects épidémiologiques du handicap moteur

III- Etiologies des déficiences motrices

- Généralités

- L’infirmité Motrice Cérébrale

- Les Maladies neuromusculaires

- L’enfant Spina Bifida

IV- Les structures spécialisées

V- Travail de l’Educateur auprès des personnes déficientes

motrices

Glossaire, Bibliographie, Annexes

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